L’aube sera grandiose d’Anne-Laure Bondoux

Bonjour à toutes et à tous ! Comment allez-vous ? Je tiens à m’excuser sincèrement pour l’absence de la semaine passée mais pour une fois j’ai une bonne excuse ! J’ai repris le chemin de l’école… Enfin bref, sans plus attendre, voici l’analyse du jour (en retard).

De quoi ça parle ?

Nine est furieuse. La grande fête du lycée doit se dérouler ce vendredi soir, pourtant rien ne se passe comme prévu. Titania, sa génitrice, l’a fait monter dans la voiture familiale et les voilà toutes les deux embarquées vers une destination inconnue. Torture et maltraitance ! L’adolescente crie au scandale. Mais sa mère fait la sourde oreille et le véhicule sort lentement des routes encombrées de la ville, s’engageant vers le lointain.

La nuit est tombée maintenant et Titania n’a livré aucune explication. Nine s’impatiente et commence à se poser des questions. Finalement, le voyage se termine inopinément lorsque, sous les yeux de la jeune fille de dix-sept ans, s’étale un grand lac enveloppé de la nuit épaisse. Au bord, une cabane marquée par le temps et l’humidité.

Sa mère la fait entrer, allume les braises dans le foyer et commence tranquillement à préparer le repas. Enfin, quand chacune est attablée, Titania prend la parole. La femme le sait, ses mots ne pourront se tarir qu’au lever du jour. Beaucoup d’explications doivent être données et une génération entière de l’arbre généalogique se trouve sur le point d’être dévoilée. Les non-dits ont assez duré, il lui faut parler à sa fille de sa famille, de son passé. Quand l’aube paraîtra, les secrets auront été révélés. Pour le meilleur ou pour le pire ? Cela, personne ne le sait…

Mon avis :

L’aube sera grandiose est un roman qui a rencontré un succès assez important au moment de sa sortie en librairie. Je le trouvais partout alors : sur les réseaux sociaux et même dans les bibliothèques de mes amies. Comme pour Boo de Neil Smith, je n’en rencontrais qu’éloges et recommandations. Mes attentes étaient donc élevées.

  • La structure :

La construction du récit est l’un des premiers éléments qui m’a marqué. Au fil des chapitres, le point de vue alterne entre le présent et le passé.

Dans le premier cas, nous sommes en compagnie de Nine et de sa mère, pendant que les deux jeunes femmes déterrent de vieux secrets enfouis.

Dans le deuxième cas, nous assistons justement à la résurrection de ce passé, au travers de l’enfance de Titania et de ses « lourds antécédents familiaux ».

Au premier abord, cette structure m’a paru très attirante. Je suis, je l’avoue, une grande fan de ce type de roman. Cependant, je ressors de cette expérience avec le goût amer de la déception…

Commençons par les points positifs toutefois :

  • Les qualités :

Les chapitres se déroulant dans le passé ont été, je trouve, une grande (voire la seule) réussite. Les moments insignifiants de l’enfance sont superbement dépeints et les personnages sont incroyablement touchants, attendrissants et vivants !

En somme, seuls les épisodes banals et communs du récit ont réussi à lui conserver un semblant de dignité. Un comble !

Par ailleurs, sur un aspect totalement différent, un léger bonus peut être accordé à la couverture de l’ouvrage, qui est, je dois dire, très esthétique.

Malheureusement, bien vite, les choses se gâtent…

  • Les défauts (et il y en a beaucoup…) :

Lorsque les soi-disant « révélations » viennent percer le tissu innocent de l’enfance de Titania, les affaires tournent rapidement au vinaigre. Les fameux plot-twist sont tirés par les cheveux et les évènements n’ont aucun lien les uns entre les autres.

Plusieurs fois, confrontée à la décision de l’un des personnages, je me suis questionnée sur ses motivations. Jamais je n’ai trouvé de réponses plausibles et acceptables : les actions de la trame n’ont pas de sens.

Les chapitres du présent sont improbables et niais ; les réactions mère-fille inappropriées et les moments de complicité mal racontés, ridicules. (Combien de fois me suis-je surprise à lever les yeux au ciel ?)

Enfin, le dénouement n’en est pas un, à tel point que j’ai dû rester plusieurs secondes, assise, à me questionner sur son sens et l’interprétation qui devait en être tirée. Encore une fois en vain.

  • Revue globale :

Beaucoup défendront probablement à corps et à cris ce roman, lui trouvant toute sorte de justifications et d’excuses. Mais pour moi, il n’a aucune consistance.

Les seuls passages agréables à mes yeux sont ceux de l’enfance, des souvenirs. Cependant, il semblerait qu’eux non plus ne servent à rien. Vers la deuxième moitié du roman, ils sont rapidement relégués au fond de la cour par l’auteur.

C’est à ce moment-là que se pose la question suivante : à quoi cela sert-il de raconter et de mettre en place un tel décor qui au final sera jeté à la poubelle ? Pourquoi placer le lecteur dans une atmosphère particulière avant de lui faire comprendre qu’en réalité, seules les soi-disant « explications » sont importantes (d’autant plus que celles-ci sont très peu révélatrices de quoi que ce soit) ?

Cet ouvrage tenait une bonne matière et un potentiel intéressant qui ont été gâchés. Je ne relirai plus de livre de l’auteur.

  • Petit point important concernant ce livre :

Avant de conclure cette critique, j’en profite pour apporter quelques brèves précisions sur la branche de littérature à laquelle appartient ce livre et qui de nos jours remporte de plus en plus de succès : la littérature « Young Adult ». Beaucoup d’adolescents de mon âge écument les titres de ce genre et ne jurent que par eux ! Pour moi cependant, ça ne marche pas.

Comme démontré ici avec L’aube sera grandiose, mais ce livre n’est pas isolé, les intrigues sont trop simples, trop enfantines. Les histoires sont grosso modo toujours les mêmes : de pauvres petits adolescents incompris ont de gros problèmes. Pourtant, ils sont les plus gentils, adorables et parfaits du monde (bien qu’ils le cachent parfois sous des airs sombres). Alors, vite vite, ils vont sauver le monde entier !

Enfin bref, la littérature adolescente, ce n’est pas ma tasse de thé et j’essaie en ce moment même de vider ma bibliothèque des derniers ouvrages de l’enfance/Young Adult. Je souhaite découvrir de nouvelles choses et ouvrir mes horizons comme on dit (non je ne suis pas folle).

Pourquoi, attendre pour découvrir la littérature « adulte » ? Est-ce vraiment nécessaire de patienter dans une autre catégorie apparemment « plus appropriée » à mon âge ?

Voilà ! C’est tout pour mon petit coup de gueule de la semaine. Bien évidemment, tout le monde est libre de lire ce qu’il veut, etc. etc. Du moment que l’on s’adonne à la lecture, n’est-ce pas l’essentiel ? Ces expressions métaphysico-niaises sont le signe que je dois m’arrêter d’écrire. Sur ce, à la semaine prochaine : ).

Boo de Neil Smith

Bonjour à tous ! Avant de commencer, je tiens tout d’abord à m’excuser pour mon absence de la semaine dernière. En cette première phase de déconfinement, les retrouvailles et les obligations ont repris le dessus et oblitéré momentanément l’écriture… Je vous rassure toutefois, je n’ai pas de nouveau disparu. Vous allez devoir me supporter pendant encore un moment, mais enfin BREF. Voici l’analyse du jour. Enjoy !

De quoi ça parle ?

Un beau matin de septembre, Oliver Dalrymple se tient devant son casier. Le jeune adolescent, paria de son collège et surnommé « Boo » par ses charmants camarades de classe du fait de sa pâleur spectrale, est en train de réciter les cent six éléments du tableau périodique.

Nous sommes le 7 septembre 1979, à peine une semaine après le retour des vacances. Le garçon se concentre, récite et parvient pour la toute première fois jusqu’au dernier élément chimique. Il n’en revient tellement pas… qu’il tombe raide mort.

L’instant d’après, Oliver se retrouve dans un lit, entièrement nu. À côté de lui, une jeune fille d’à peu près son âge est en train de ronfler paisiblement. Il comprend alors aussitôt que toute cette situation ne peut signifier qu’une chose : il a passé l’arme à gauche. Cette vérité lui vient tout naturellement lorsqu’il s’aperçoit que ces indispensables lunettes n’occupent plus leur place habituelle au-dessus de son nez. Pourtant, sa vue est irréprochable.

Réveillant la « maîtresse des lieux », il apprend qu’elle se prénomme Thelma. Il se trouve désormais au « Village », un endroit spécialement réservé aux trépassés américains de treize ans.

Cet endroit singulier pourrait être qualifié de banal si ce n’était la raison qui y a conduit tous ces jeunes filles et garçons. Le « Village » se compose de quatre grands murs de béton infranchissables à l’intérieur desquels s’organise une société entièrement dirigée par des enfants. Divisée en quinze secteurs, on y trouve ni lacs, ni forêts, ni montagnes, seulement de hauts immeubles de briques rouges. Pas plus d’animaux ou de voitures d’ailleurs ; les habitants doivent se contenter de vélos pour se déplacer.

Petit à petit néanmoins, Dalrymple s’adapte à ce nouvel environnement où la nourriture apparaît toute seule sur les étagères, où les vitres repoussent après quelques jours seulement et où les blessures se soignent d’elles-mêmes. La plomberie et les aliments n’y sont pas meilleurs qu’ailleurs (on y mange des conserves), les querelles et les règlements de comptes n’ont pas cessé comme par magie mais, au moins, les enfants ne manquent de rien. La plupart considère que Dieu leur fournit tous les équipements nécessaires et que derrière leurs grandes murailles se trouvent peut-être des adultes chinois de trente-huit ans, ou toute autre catégorie d’être humain.

Un soir, alors qu’Oliver est plongé dans un profond sommeil, Thelma débarque dans son dortoir avec un « nouveau-né ». Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’il s’aperçoit que la nouvelle recrue ne n’est autre que Johnny, son ancien camarade de classe !

Les nouvelles ne sont néanmoins pas bonnes. Le défunt est perturbé, effrayé. Il finit par avouer à Oliver que sa mort, qu’il croyait due à un arrêt cardiaque, résulte en réalité d’un assassinat perpétré par un nouvel arrivant du collège qui a déclenché une fusillade mortelle avant de se suicider par balle.

Maintenant, Dalrymple ne sait trop que penser. Qui est son tueur ? Quelle est la raison de son crime ? D’autant plus que, s’il a lui aussi mis fin à ses jours, il se trouve très probablement au « Village ».

Il décide alors, avec l’aide de Thelma et de son ancien camarade, de partir à la recherche du coupable.

Mais d’erreurs en déprime, de mensonges en désillusion, Boo va se rendre compte que le criminel n’est peut-être pas celui qu’il croit. Pour cause, en chacun de nous, n’y a-t-il pas une petite part de meurtrier ?

Mon avis :

Ce roman m’a été très fortement recommandé dans un comité de lecture auquel j’appartiens. Mes camarades de lecture ne cessaient d’en vanter les qualités. Alors que pouvais-je faire d’autre que de souhaiter me plonger, moi aussi, dans ce roman ?

  • L’histoire pas à pas :

Je savais qu’il fallait s’attendre à de très grands rebondissements et à des retournements de situation haletants. 

Je dois avouer que le début de l’histoire m’a tout d’abord emballée, je ne pouvais plus lâcher ce livre ! Puis le tempo a ralenti, traîné… J’ai peu à peu perdu le goût de cette trame si prometteuse.

Vers la fin, comme par magie, la plume de l’auteur a repris des couleurs, jusqu’au moment où… J’ai pu anticiper la chute. Tout de suite, drame et déluge, une critique assassine se formait déjà dans mon esprit.          

Quelle ne fut donc pas ma surprise, lectrice naïve que je suis, de découvrir que je m’étais tout simplement laissé berner comme les autres. Le fin mot de l’histoire m’a sauté à la figure et je n’ai rien vu venir ! Un bon point doit donc révérencieusement être accordé à cet ouvrage (même si les futurs lecteurs seront désormais à l’affut des tous les dénouements possibles).

  • Les personnages :

Je ne les ai pas aimés.

Oliver, qui est tout de suite présenté comme particulier, est construit de telle sorte qu’il doit s’attirer la sympathie du lecteur. Toutefois, son personnages est trop surfait, peu plausible.

Quant aux autres, Thelma, Esther et Johnny… Ils sont trop enfantins, si je puis dire. Ils sont tout de même censés avoir treize ans !

  • Ressenti global :

En somme, la trame est bonne, voire superbe ! L’intrigue est farfelue, drôle, remettant chacun d’entre nous en question. Toutefois, les personnages sont peu attachants et l’histoire a un aspect trop puéril : l’auteur n’a pas réussi à bien coller à l’âge de ses protagonistes.

Ce n’est pas un « mauvais » livre, il est même réussi, mais je ne relirai probablement pas d’autres ouvrages de l’auteur.

  • Petit plus non négligeable :

Il serait maintenant impoli de ma part de partir sans vous donner un avant-goût de ce roman. Voici donc un propos d’Oliver lui-même :

« C’est la première fois qu’il rit depuis son passage. Je suis encore plus fier que le jour où j’ai réussi à faire augmenter le pH de mon urine en consommant plus d’agrumes.
En conséquence, je me fends d’un sourire. »

Voilà les amis ! C’est tout pour aujourd’hui. J’ai tenté de donner à cette analyse un aspect plus structuré. De fait, qu’en pensez-vous ?

Je dois maintenant vous informer d’un projet que je vais tenter d’entreprendre au cours des semaines à venir et des vacances qui approchent. Je souhaiterais essayer de diversifier le contenu de ce blog par de nouveaux types d’articles. Vous avez par exemple vu le post de la semaine dernière qui traitait de mes futures lectures.

Bien évidemment, les critiques ne s’arrêteront pas, elles sont au cœur de ce Lire Land. Mais, j’ai plusieurs nouvelles idées en tête que j’ai hâte de mettre en pratique.

Je n’en dis pas plus, mais je suis avide de propositions fraîches, donc dites-moi tout en commentaire.

Sur ce, à dimanche prochain !

L’Outsider de Stephen King

De quoi ça parle ?

Perdue au fin fond des États-Unis, une petite ville paisible et sans remous bascule de façon inattendue dans un cauchemar sanglant.

Flint City n’attire que très rarement les médias, et peu nombreuses sont les histoires à sensations qui s’y déroulent.

Ainsi, en ce mois de juin, les ultimes assauts de la chaleur écrasante rendent les passants somnolents sous la lumière déclinante du soir. C’est alors qu’un appel à témoins parvient sur le répondeur du poste de police. L’homme au bout du fil, paniqué, a entrevu dans les sous-bois le cadavre d’un petit garçon.

Les forces de l’ordre se rendent immédiatement sur place et constatent une scène surréaliste et glaçante. Un enfant d’une dizaine d’années est étendu sous les bosquets du parc public, mort. Sa tête a été arrachée à coups de dents et une branche a été utilisée pour le violer.

Les inspecteurs sont horrifiés par la violence du meurtre et le détective en charge de l’affaire, Ralph Anderson, se jure de retrouver le coupable.

Commence alors une longue et fastidieuse enquête riche en rebondissements. Les pistes sont trompeuses et la vérité n’est peut-être pas aussi ancrée dans le réel qu’il y paraît. En effet, les premiers résultats scientifiques s’avèrent troublants : les empreintes et l’ADN coïncident avec celles de Terry Maitland, un homme renommé et apprécié de tous. De plus, une foule de témoins l’a aperçu enlevant la victime puis ressortant des arbres, couvert de sang. Excellent coach, père aimant et mari attentionné, le profil n’est pas adéquat mais les preuves sont là et ne peuvent pas mentir, n’est-ce pas ?

C’est en tout cas ce dont Anderson tente de se convaincre car, au fond de lui, il sent et sait que cette enquête ne peut être expédiée aussi rapidement. Mais la pression est forte d’arrêter le criminel et rien n’est là pour contredire la culpabilité de Maitland. L’arrestation se déroule au milieu d’un stade plein, sous les yeux de la femme et des filles de Terry. Le suspect est conduit au poste de police et son interrogatoire débute rapidement.

Néanmoins, les choses commencent à se gâter. Le jour du meurtre, ce coach a été filmé dans la ville d’à côté, lors d’une réunion à laquelle il assistait. Ses empreintes sont sur les lieux et de nombreux témoins rapportent sa présence à l’évènement.

Retour à la case départ, si je puis dire, et incompréhension totale. Comment un homme peut-il se trouver à deux endroits différents au même moment ? La réponse est relativement claire : c’est impossible. Mais, plus les contradictions s’accumulent, plus le rôle du surnaturel s’impose dans le mystère.

Tandis que policiers sont forcés de se rendre à l’évidence, la très chère Holly Gibney (précédemment apparue dans la trilogie Mr Mercedes) sera d’un grand secours au détective Anderson, en lui démontrant que l’impossible est parfois la solution la plus envisageable…

Mon avis :

Stephen King est un auteur très talentueux : nombreux sont ceux qui en conviennent.

Sa plume néanmoins convient mieux aux histoires courtes. Telle est ma conviction.

Je pourrais invoquer Sleeping Beauties,qui ne m’a inspiré qu’un enthousiasme modéré ; ou au contraire Gwendy et la boîte à boutons qui demeure jusqu’à présent pour moi sa meilleure nouvelle.

J’ai donc abordé The Outsider (ou plus simplement L’Outsider en français), pavé de 475 pages, avec un œil sceptique (en dépit d’une certaine avidité et d’attentes toutefois élevées : Stephen King reste Stephen King tout de même). Précisons également que certains avis de proches alimentaient aussi bien mes espérances que mes craintes.

Maintenant que j’ai achevé l’ouvrage, je peux déclarer que j’ai été TRÈS agréablement surprise. Mais faisons les choses dans l’ordre et donnons une structure à cette critique.

  • Plan du roman :

L’histoire commence de façon dynamique et l’incipit est intéressant. L’intrigue, cependant, accroche difficilement, notamment dans les passages consacrés à l’interrogatoire de Terry Maitland qui ralentit tout à coup l’évolution du récit et ennuie un peu le lecteur. Toutefois, il faut bien accorder à l’auteur le mérite d’une entrée en matière relativement magistrale. Bien que peu attrayante aux premiers abords, elle s’assure de faire revenir le lecteur qui souhaite connaître la fin.

D’autant qu’une fois ce cap passé, les péripéties s’enchaînent et le récit gagne en intensité avec une action qui se déroule à un rythme rapide et plein de rebondissements.

Pour terminer, la résolution, qui promettait d’être grandiose, retombe un peu à plat. Certes, elle est très bien menée et construite selon un timing presque parfait, mais (ATTENTION : SPOIL), le lecteur qui depuis le départ se voit promettre une explication rationnelle, est soudain confronté à un dénouement fantastique. En d’autres circonstances, peut-être serait-il acceptable. Ici cependant, l’effet est passablement rebutant car le basculement s’apparente à une facilité.

Figurez-vous que l’on vous demande toute la journée : « À ton avis comment est-ce possible ? Rien ne semble envisageable, n’est-ce pas ? »

Vous répondez qu’en effet, c’est très intriguant et que vous avez hâte d’avoir des explications.

Alors patiemment, vous attendez, mais au moment où vos mains impatientes s’apprêtent à saisir le Saint Graal de l’explication, on vous informe qu’en vérité, si tout semblait impossible, c’est que c’était impossible.

Vous serez un peu déçu.

Enfin, passons outre et gardons un point de vue ouvert et objectif.

  • Les personnages :

Une très grande part du succès de Stephen King est due, à mon humble avis, à son talent descriptif. La vision du monde telle qu’il la transmet à travers ses écrits est vivante, littéralement.

Les personnages sont tantôt attachants, écœurants ou rebutants au gré de la plume de l’auteur qui saisit de manière stupéfiante l’Américain moyen en surpoids et obsédé par les armes à feu. Il ne craint en aucune façon de critiquer son pays et le dépeint de manière crue dans toute sa bassesse et son absurdité.

Nous découvrons également l’anti-portrait de l’inspecteur de police qui n’est ni beau, ni fort, ni alcoolique, ni surtout doté d’une clairvoyance à toute épreuve. Citoyen lambda, le détective Anderson possède quelques kilos en trop et commet de nombreuses erreurs.

  • Thème important :

Bien que l’enquête se porte vers une voie surnaturelle, les forces de l’ordre en charge de l’affaire peinent à croire en une théorie fantastique.

Stephen King aborde de façon détournée l’impossibilité humaine à considérer ce qui n’est pas « possible ». Les preuves ont beau être sous notre nez, les témoins et les documents peuvent continuer à s’accumuler que nous nous acharnerions toujours à nier l’évidence.

  • Détails supplémentaires :

… quelques aspects secondaires du roman, qui s’adressent principalement (je l’avoue) aux lecteurs ayant déjà lus d’autres ouvrages du même auteur.

On retrouve dans The Outsider un schéma répétitif cher au King dans ses histoires. Celles-ci mettent en scène des péripéties qui prennent place au sein d’une petite ville quelconque des États-Unis.

Enfin, je ne peux m’empêcher d’apprécier le clin d’œil dans le personnage de Holly Gibney qui réconforte les nostalgiques des aventures de Bill Hodges.

« La coupure » de Fiona Barton

De quoi ça parle ?

Un chantier immobilier dans une rue londonienne met au jour le squelette d’un bébé enterré depuis plusieurs années. La nouvelle, diffusée par les médias, va bouleverser la vie de plusieurs femmes, l’objet du livre étant d’élucider pourquoi et comment. Ce bébé est-il celui d’Angela, dont on a kidnappé la fille à la maternité, il y a une quarantaine d’années ? Pourquoi la nouvelle provoque-t-elle des crises de panique chez Emma ? Kate, la journaliste, a-t-elle trouvé avec cette histoire le sujet d’un article qui fera date ? Et Jude, la mère d’Emma, quel rapport entretient-elle avec cette découverte ?

Mon avis :

Peut-être que le genre du thriller psychologique n’est pas assez riche en soi ou trop artificiel par principe, mais après en avoir lu une dizaine, on a l’impression de retomber sans cesse sur les mêmes intrigues alambiquées et tirées par les cheveux, pleines de femmes névrosées, voire psychotiques (ou alors victimes de types psychotiques) aux prises avec la résurgence d’un passé douloureux. Et vas-y que je tremble, panique, m’évanouis, refuse de m’alimenter, etc.

La Coupure ne fait pas exception. On s’y ennuie un peu et, l’expérience du genre aidant, on y repère les grosses ficelles narratives destinées à aiguiller le lecteur sur de fausses pistes, avant finalement, quatre-vingt pages avant la dernière, de deviner le fin mot de l’histoire. Alors on s’agace de voir ces andouilles de personnages patauger et tomber des nues quand on a déjà tout compris depuis belle lurette.

Bref, un livre qui n’a rien de déshonorant, mais dont on peut tout à fait se dispenser, vu qu’il y en a des dizaines de bien plus intéressants et réussis, même dans le genre.

« Par omission » d’Erin Kelly

De quoi ça parle ?

Un beau matin, dans un petit appartement de Londres, Kit se réveille plein d’excitation. Il part pour un voyage qui le conduira sur les îles Féroé afin d’assister à une éclipse. Les éclipses solaires sont sa passion. Sa petite amie Laura, enceinte de leurs jumeaux, ne partage pas sa joie. Elle manque de lui demander de rester, de renoncer à ce voyage qui lui cause tant d’appréhension. Kit lui-même n’est pas tout à fait serein, mais il part tout de même.

Nous comprenons progressivement que le couple a peur d’une jeune femme prénommée Beth. A cause d’elle, ils ont dû disparaître, changer de nom, s’effacer des réseaux sociaux.

Qui est cette fameuse Beth et que leur a-t-elle fait ?

Commence alors un flash-back de plusieurs années, quand Laura et Kit ne se connaissaient pas encore. Nous avançons progressivement dans leur histoire et voyons leur rencontre, puis la façon dramatique dont ils font la connaissance de Beth, à un festival dans les Cornouailles, à l’occasion d’une éclipse. Ils ont surpris un homme en train de la violer. Laura a appelé la police, témoigné lors du procès et permis la condamnation de l’agresseur. Mais pendant l’audience, elle a travesti une partie de la vérité et son mensonge la suit, même après que le jugement a été rendu.

Pleine de gratitude, Beth se prend d’amitié pour Laura. Cependant, peu à peu, elle devient envahissante et Kit et Laura commencent à se sentir oppressés.

Des questions vont faire surface : Beth va-t-elle briser l’équilibre parfait de leur couple ? Laura a-t-elle bien fait de mentir ? Faut-il se fier aux apparences ?

Mon avis :

J’ai beaucoup aimé ce roman. L’histoire, bien que déjà vue, est très habilement racontée, ce qui fait son originalité. Nous alternons constamment entre passé et présent, entre le point de vue de Kit et de Laura. Tout cela rend le fil de l’intrigue d’autant plus palpitant. Le fin mot de l’histoire, bien qu’un peu tiré par les cheveux, est plutôt réussi. A aucun moment, durant le roman, je ne me suis doutée de la résolution et plusieurs grands retournements de situation viennent également pimenter cette histoire à la perfection.

Ce livre, je le sais bien, ne relève pas de la littérature qui questionne l’existence ou le monde d’aujourd’hui. Cependant, dans le genre du thriller psychologique, il est parfaitement maîtrisé et l’on ne s’y ennuie pas un instant. Je le recommande entre deux ouvrages qui requièrent plus d’attention. Il fera agréablement et efficacement office de « pause ».

« Petits meurtres en héritage » de Hannah Dennison

De quoi ça parle ?

Peu après le décès de son père, Kate Stanford a décidé de laisser derrière elle l’univers de la télévision pour ouvrir avec Iris, sa mère, une boutique d’antiquités. Mais celle-ci a visiblement d’autres projets dont elle n’informe sa fille qu’au compte-gouttes. Kate découvre ainsi qu’Iris a fait en douce l’acquisition dans le Devon d’une vieille bâtisse, ancienne dépendance d’un manoir aristocratique, maintenu tant bien que mal en l’état par la famille Honeychurch. Ce n’est que la première des surprises à laquelle Kate va être confrontée, car cette mère qu’elle croyait bien connaître cache d’autres secrets de plus en plus étonnants. Alors, quand un meurtre est commis – celui de Vera, la gouvernante du manoir de Honeychurch –, cela commence à faire beaucoup pour Kate qui va devoir élucider des mystères à tous les niveaux.

Mon avis :

Voilà typiquement un roman à ouvrir quand on cherche juste à se distraire et à s’amuser en lisant. Même si l’intrigue démarre un peu lentement, on ne s’ennuie pas un instant, car le rythme est vif et les échanges entre les personnages, notamment Kate et sa mère, sont souvent drôles et pleins d’une mauvaise foi réjouissante. Bien entendu, il est inutile de chercher la moindre vraisemblance dans Petits meurtres en héritage, mais ce n’est pas le propos. L’auteur nous emporte dans un univers très plaisant qui mélange l’ambiance des romans « gothiques » anglais, ces univers pleins de manoirs inquiétants recelant des fantômes et autres lourds secrets, avec celle de la chick lit, où des femmes insatisfaites de leur vie sont en quête d’un nouveau départ. Ce qui fait une partie du sel de Petits meurtres en héritage, c’est que ces deux femmes sont une mère et une fille dont les comportements sont mus non par la volonté de trouver l’âme sœur, mais par celle de vivre selon leur cœur.

« Sur l’île de de Lucifer » de Serge Quadruppani

De quoi ça parle ?

À Ayguière, un petit village situé dans le plateau de Millevasques, Tom, 10 ans, découvre un jour le corps de Didier Dubois transpercé par un pieu. Ce dernier était connu pour son poste de directeur dans le cadre du projet de destruction de la forêt de l’Aitre afin d’y construire une usine à pellets. Le capitaine Lionel Gaufre de la Brigade de recherches de Limoges ainsi que le commissaire Francesco Maronne d’Interpol et la capitaine Sylvie Mercure de la DPSD se rendent aussitôt sur place et commencent à enquêter.

Les soupçons se tournent tout d’abord vers la Commune libre du Plateau. Ce parti, comme tout le monde le sait, a été créé afin de militer contre l’abattage de la forêt et la police ayant retrouvé un pieu identique à celui de la scène de crime, chez Olivier Charmille (militant du parti) la question suivante se pose tout naturellement: « Ne serait-il pas plus simple pour la Commune libre d’assassiner celui qui est à la source de tous leurs problèmes ? » Ainsi tout serait réglé n’est-ce pas ? Mais les choses sont-elles aussi simples ?

Tout d’abord il y a Gladys Paskawit, la gardienne de l’île de Lucifer (qui se situe au-delà de la forêt). Cette femme, qui prétend être la sorcière du village, tient en sa possession le téléphone du défunt. Selon ses dires, Dubois l’aurait contactée le jour de sa mort et lui aurait demandé de récupérer son portable afin de le faire parvenir à la capitaine Mercure quoi qu’il arrive. Lorsque la capitaine se rend sur l’île afin de récupérer le fameux téléphone et d’interroger la femme, elle lui fait une imitation parfaitement réussie de la voix de Didier Dubois. Mais était-ce une imitation ? Toujours est-il que la gardienne affirme avoir fait parler son fantôme.

Ensuite la police reçoit une étrange lettre de revendication de provenance inconnue.

Les choses s’enchaînent et un deuxième meurtre est commis.

Mais la réponse se trouve-t-elle chez les adultes ou faut-il plutôt regarder du côté des enfants ?

Mon avis :

Autant le dire d’emblée, je n’ai pas du tout aimé. J’ai trouvé que le roman était bâclé.

Je m’explique : l’histoire commence bien, le meurtre est assez vite découvert et le cadre mis en place, mais ensuite ça se gâte. L’intrigue part dans tous les sens et l’auteur nous perd dans un dédale de pistes et d’hypothèses.

Bien qu’elle commence rapidement, l’histoire semble ensuite stagner. Puis peu à peu, le meurtre semble ne plus être le thème principal et, si parfois on y revient, c’est pour nous perdre un peu plus dans son écheveau compliqué. L’ouvrage paraît en définitive trop court pour ce qu’il a à raconter.

La quatrième de couverture annonce que l’histoire va tourner autour d’une l’incertitude – les morts parlent-ils ou non ? – et suggère un univers entre le rationnel et le fantastique. On nous fait aussi croire que les enfants vont jouer un rôle important et que tout va se tourner vers eux. L’île de Lucifer est également présentée comme recelant des secrets et détenant la clef du mystère – le livre s’intitule d’ailleurs : « Sur l’île de Lucifer » –, cependant, tous ces éléments ne jouent pas un très grand rôle dans le roman, voire n’y apparaissent pas du tout.

L’auteur a néanmoins une très belle plume, même si certains passages sont un peu trop lourds à mon goût.

Donc en conclusion, un résumé trompeur, une histoire trop courte, trop compliquée pour le petit nombre de pages et une fin bâclée.

Texte reçu dans le cadre de la Masse critique Babelio. Merci aux éditions Snag (cette première expérience ne me dissuadera pas de lire d’autres livres de leur alléchant catalogue).

« Tout le monde te haïra » d’Alexis Aubenque

De quoi ça parle ?

White Forest en Alaska a des apparences de ville tranquille, pourtant il ne faut pas s’y fier. Laura Barnes, une journaliste, y a disparu ; Stuart Kruger, un chef d’entreprise, y a été saigné comme un porc ; et à quelques kilomètres de là, un chantier exhume des dizaines de cadavres provenant d’un naufrage au début du XXe siècle… La lieutenant Tracy Bradshaw et son ex-collègue, le détective privé Nimrod Russell enquêtent, la première sur le meurtre de Kruger, le second sur la disparition de la journaliste. Laura Barnes s’est-elle enfuie avec son amant, comme certains indices le laisseraient croire ? Stuart Kruger a-t-il été la victime d’un Inuit ? Et pourquoi les enfants censés avoir été transportés par le bateau naufragé ont-ils tous disparu ? Autant de questions exigeant réponse. Bradshaw et Russell mènent vaillamment leur enquête dans un froid polaire, en dépit de dangers qui manqueront de peu de leur être fatals et malgré des difficultés personnelles qu’ils parviendront peu ou prou à surmonter.

Mon avis :

Bon, autant le dire tout de suite, je suis bon public, j’ai donc dévoré ce roman, même si je suis bien consciente qu’il n’est pas très original. Un traditionnel duo d’enquêteurs… mais tant pis, ils me plaisent bien, à moi, ces deux-là, surtout Nimrod, il faut bien le dire (ça doit être mon côté fleur bleue). Des soupçons trop évidents, dont on sait d’emblée qu’ils seront démentis… mais justement, ça fait parti du truc (on sait que c’est une fausse piste, et on fait quand même semblant d’y croire). Des courses-poursuites/situations ultra dangereuses dont les héros ressortent toujours vivants… il ne manquerait plus qu’ils meurent ! Bref, on l’aura compris, un polar classique, mais si efficace que je l’ai dévoré d’une traite. Alors j’en redemande. Je crois que je ne vais pas tarder à attaquer la série River Falls du même auteur.

« L’ombre du vent » de Carlos Ruiz Zafon

De quoi ça parle ?

Le petit Daniel Sempere a dix ans. Ayant perdu sa mère très jeune, il ne conserve plus aucun souvenir d’elle. Il vit avec son père dans un petit appartement de la rue Santa Anna, au-dessus de leur librairie de livres d’occasions, dans la Barcelone de l’après-guerre.

Un matin, Daniel est réveillé aux aurores par son père. Celui-ci l’informe qu’il l’emmène dans un endroit secret dont il ne doit parler à personne. Intrigué, le petit garçon le suit dans la ville encore enveloppée des brumes matinales jusqu’à une mystérieuse grille ; l’entrée du Cimetière des Livres Oubliés. Son père lui explique alors que depuis des générations, les gens se réunissent ici pour lire des ouvrages oubliés de tout le monde et d’auteurs inconnus. La tradition veut que lorsqu’un membre visite pour la première fois cette étrange bibliothèque, il choisisse un ouvrage qu’il gardera avec lui pour le reste de sa vie.

Tout excité, Daniel se met à déambuler parmi ces rayonnages ployant sous de vieux manuscrits poussiéreux, certains se trouvant là depuis des centaines d’années. Il remarque alors un ouvrage qui semble l’appeler, comme s’il l’avait attendu ici depuis toujours. Pendant qu’il le feuillette, une poussière dorée s’en échappe et Daniel sait que ce sera son livre, sans se rendre compte qu’il vient de sceller son destin.

Le roman s’intitule L’Ombre du vent et son auteur s’appelle Julian Carax.

Le petit garçon se presse de rentrer chez lui et entame la lecture de cet intriguant manuscrit. Il ne le referme qu’à l’aube, quand le soleil se lève et que des couleurs pastels colorent le ciel noir. Son cerveau a imprimé les derniers mots. Il s’endort enfin, les yeux remplis des aventures rocambolesques du roman achevé.

Le lendemain matin, Daniel se réveille avec une certitude : il doit se renseigner sur ce Julian Carax et trouver d’autres livres de lui. Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’il apprend que cet auteur si talentueux est inconnu du reste du monde. Il se met alors à la recherche d’informations sur ce mystérieux auteur. Sa quête durera plusieurs années pendant lesquelles il fera beaucoup de rencontres et vivra des aventures pas toujours agréables. Il verra des disputes, des accidents fatals mais… s’en tirera-t-il sain et sauf ?

Mon avis :

J’ai adoré ce livre qui nous projette une période d’après-guerre tendue et meurtrière. L’auteur est parvenu à rendre cette ville mystérieuse et pleine de secrets grâce à des descriptions approfondies, un dédale de rues, de porches sombres ainsi que des personnages aux caractères bien forgés. Les problèmes s’entremêlent et le récit alterne passé et présent.

Un roman très réussi ! Je n’hésiterai donc pas à lire les tomes suivants.

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